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Philippe Sabbah



Aventurier en quête de partage et de réalisations

Philippe Sabbah est élève de 5ème au collège de Bures-sur-Yvette dans l’Essonne en 1977, quand son enfance est chamboulée : son père, ingénieur TP pour le compte de Spie Batignolles, décide d’emmener la famille en Iran sur un gros contrat de BTP. Commence alors une des plus belles périodes de sa vie. « Les quatre années passées à Téhéran, de mes 12 ans à mes 16 ans, restent un âge d’or, assure Philippe. Je suis arrivé dans un pays où il fait en permanence beau et chaud. La capitale est située à quelques heures seulement de la montagne et donc des deux stations de ski du pays. Nous n’étions pas loin non plus de la mer Caspienne et donc de la baignade... ». Le week-end qui correspond aux jeudi et vendredi est ainsi bien rempli ! Mais Philippe ne s’ennuie pas non plus le reste de la semaine. Parfois, la journée commençait même par une tartine de caviar que son père achetait à des prix défiant toute concurrence. Il a conscience de vivre dans des conditions exceptionnelles. « En tant qu’expatriés, nous étions ultra privilégiés », confirme Philippe.

Paris-Téhéran-Paris

Il est alors élève au lycée Razi, un établissement franco-iranien, créé par la Mission Laïque Française, accessible aux expatriés et à la classe aisée iranienne. Il côtoie ainsi la jeunesse dorée de Téhéran. C’est une époque faite d’insouciance et de sorties avec les copains et les premières petites copines. Mais cet âge d’or s’achève brutalement avec la chute du Shah d’Iran et l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeyni. Avec sa famille, Philippe quitte le pays et retrouve la France en 1980, le cœur lourd. Il a dû abandonner ses amis et sa maison spacieuse avec piscine pour l’internat du lycée de Montargis, ville où il est né mais où l’ambiance est très différente... « J’ai gardé contact avec d’anciens camarades avec lesquels j’évoque régulièrement notre paradis perdu », nous confie-t-il.

Philippe passe son Bac C sans savoir vraiment ce qu’il veut faire : « Au Lycée, je voulais être astro-physicien. Avec un camarade passionné lui aussi, nous aimions mener avec notre professeur de physique d’interminables débats sur la Théorie de la relativité restreinte. J’ai finalement abandonné ce rêve car je n’avais pas envie d’étudier uniquement les mathématiques et la physique ». Il choisit de faire une prépa HEC et entre ainsi au prestigieux lycée parisien Janson de Sailly. Ses parents ayant dû partir travailler au Nigéria, il retrouve l’internat et la vie de classe prépa faite de travail intense et de blagues de potaches. « Il y avait des jeunes venus de toute la France, issus de différents milieux sociaux, raconte Philippe. Je me suis retrouvé avec une bande de copains qui aimait s’amuser, nos parents étaient loin, bref c’était des bons moments! ».

Des articles au vitriol dans le « Petit Journal »

Malgré ces « quelques » récréations, il étudie suffisamment pour intégrer l’ESCP en 1984. Pendant sa première année, il reconnaît avoir passé plus de temps dans les soirées et à caricaturer ses professeurs qu’à travailler. Il rédige notamment des articles au vitriol et croque des caricatures dans le « Petit Journal » de l’école.
Pour « apprendre la vie » et comprendre l’importance de faire des études, Philippe effectue un stage d’ouvrier à la centrale nucléaire de Penly. Il enchaîne par un stage dépaysant au Novotel de Libreville, au Gabon, avec pour mission de faire le ménage dans la comptabilité. « J’ai ensuite effectué mon stage de troisième année à l’Agence nationale pour à la création d’entreprise, indique Philippe. Je me posais alors la question de créer une entreprise car je n’étais pas tenté d’intégrer une grande entreprise ou un groupe bancaire pour en gravir progressivement les différents échelons ».

Cependant, un monde l’attire fortement, celui des marchés financiers qui sont, à l’époque (en 1987), en plein développement. Pas encore libéré de ses engagements militaires, il n’a aucune chance d’intégrer une banque. Il postule donc chez un courtier parisien (Degez) qui fait de l’intermédiation sur le marché des dépôts interbancaires. « Nous sommes au tout début du Matif, le marché obligataire n’est pas encore développé», rappelle Philippe. Il reste un peu moins d’un an chez Degez car un de ses collègues pense avoir flairé une belle opportunité pour « devenir riche en deux ans ». Sur la base de cette promesse, Philippe qui vient d’avoir 23 ans, se lance dans une vraie aventure : re-créer un cabinet de courtage dans les bureaux des frères Tolini, des courtiers corses qui avaient vécu en travaillant sur le marché des devises titres dans les années 1970. « Ils travaillaient à l’ancienne avec un seul téléphone, sans touche, qui permettait de contacter directement la Caisse des dépôts pour coter la devise titre, se souvient-il. Au dé- but, nous avons remporté un beau succès : en un mois, nous avons généré 100 000 francs de chiffre d’affaires et les ventes ont augmenté de 100 000 francs par mois pour atteindre 1,2 mil- lion de francs de CA mensuel au bout d’un an. L’argent rentrait à flots ». Philippe fut un artisan important de cette réussite car il était le seul à parler anglais et donc à pouvoir dia- loguer en direct avec des courtiers basés à Londres. Malheureusement, l’aventure a tourné court. Alors qu’il pensait détenir 50% de l’entreprise avec son associé, Philippe s’est aperçu qu’en réalité, les frères Tollini n’avaient jamais officiellement cédé de parts. Il rompt alors son association et s’ouvre à une nouvelle opportunité.

Citoyen espagnol

En effet, au même moment, sa femme reçoit une proposition pour intégrer la Casa Velasquez à Madrid. Du coup, Philippe en profite pour se libérer de ses obligations militaires en effectuant sa coopération dans la capitale espagnole, au sein de la banque Indosuez. Ainsi, il débarque à Madrid en février 1991 avec trois mois d’initiation à l’espagnol derrière lui. « J’ai dû m’adapter très vite à la salle de marché, mais ce fut très excitant ! se souvient Philippe. Mon patron avait la volonté de se positionner sur le marché obligataire qui offrait, à l’époque, des taux monstrueusement élevés ». Il monte ainsi une table obligataire avec Jean-Pierre Soto. Philippe s’occupe de la distribution et des commerciaux, mais aussi des liens avec Londres. « Les Anglais avaient, à l’époque, un grand intérêt pour les obligations espagnoles », souligne-t-il. Indosuez devient alors leader des banques non-domestiques dans le domaine de la dette espagnole. La salle de Madrid est tellement performante qu’elle enregistre en 1993 un chiffre d’affaires sur l’obligataire équivalent à celui du siège, tout en disposant d’une équipe beaucoup plus modeste. Philippe vit à 26 ans une nouvelle success story qui se traduit notamment par le versement d’un « super bonus ». « J’imaginais alors que je pourrais ainsi m’arrêter de travailler à 35 ans... Belle illusion ! », raconte Philippe avec amusement. Il passe néanmoins quatre belles années à Madrid et devient bilingue, comme ses deux premiers enfants. L’Espagne est ainsi devenue sa seconde patrie. Il part à regret en 1994, car sa femme doit rejoindre Paris pour soutenir sa thèse. Indosuez lui propose alors de repartir dans une nouvelle aventure en travaillant cette fois pour la filiale ICEM (Indosuez Capital Emerging Markets). « Le but de cette structure était de permettre à des investisseurs français d’investir dans des obligations high yield sud-américaines, un placement risqué mais qui offrait des rendements très intéressants », explique Philippe. Il rejoint ainsi, en septembre 1994, une équipe de spécialistes du haut rendement. Comme il parle couramment espagnol, il n’a pas de mal à s’intégrer à un ensemble complètement multiculturel. « Au départ, c’était passion- nant, nous explique-t-il. Pour comprendre la culture et la façon de fonctionner de la population de ces pays, je me suis plongé dans leur histoire. Malheureusement, je n’ai pas eu le temps de mettre cet apprentissage à profit. En février 1995, le Mexique connaît sa deuxième crise économique qui provoque une importante chute de l’ensemble des marchés financiers émergents. Nous sommes alors contraints et forcés de mettre en veille notre activité ».

Serial entrepreneur

Philippe est réintégré dans la salle de marché parisienne comme simple commercial. Au bout de quelques mois, il propose de créer un desk dédié aux Banques centrales, de manière à ce que chacune puisse avoir un seul interlocuteur chez Indosuez, comme c’est déjà le cas chez la plupart des banques concurrentes. Ainsi, il recrute un commercial et une économiste et connaît une nouvelle success story : en 1995, l’équipe banques centrales d’Indosuez traite la moitié du volume obligataire de la salle de marché.
Sa direction lui propose alors de partir à Hong Kong où elle venait de construire une équipe Asian Fixed Income. Sur le modèle d’ICEM, l’idée était de placer des émissions d’entreprises asiatiques auprès d’investisseurs institutionnels européens et de la dette AAA auprès des institutionnels régionaux. Mais en 1998 survient la crise asiatique. « Nous nous sommes retrouvés en possession d’émissions qui ne valaient plus rien, raconte Philippe. Nous avons donc dû changer de rôle et devenir des «restructureurs» de dette. Puis, la direction du Crédit Agricole, qui avait entre-temps racheté Indosuez, a décidé de stopper notre activité ». De retour à Paris, il décide de faire ses adieux à la salle de marché et d’entamer une nouvelle carrière dans l’asset management. « Après avoir passé sept années chez Indosuez, en occupant différents postes et en repartant à chaque fois de zéro pour construire une activité, j’en ai eu ras-le-bol ! », avoue Philippe. Un responsable de chez Indosuez Asset Management croisé au cours de rendez-vous clients le contacte et lui demande s’il parle allemand et s’il serait partant pour monter un bureau à Zurich. Motivé à l’idée de développer quelque chose de différent et faire du management, il se lance dans l’aventure armé de ses 12 ans d’allemand scolaire. Il part en Suisse avec femme et enfants et commence à créer une nouvelle activité en embauchant une secrétaire et un commercial. Cependant, il se heurte à un problème de taille : malgré la fusion des équipes de gestion de Crédit Agricole et d’Indosuez, le nouvel ensemble ainsi créé conservait deux gammes de produits quasiment identiques, domiciliés au Luxembourg, vendues naturellement sous deux marques différentes. « J’ai demandé la fusion des gammes dès mon arrivée mais celle-ci a été décidée seulement en 2001 », déplore encore aujourd’hui Philippe.
En attendant, il a comme seule possibilité d’essayer de vendre des mandats. Pas évident... Après un an passé en Suisse, il cède à la volonté de sa femme de rentrer à Paris et contacte alors un cabinet de recrutement qui l’avait déjà sollicité. Il lui propose de rejoindre Fleming pour prendre le poste de responsable de la clientèle institutionnelle en France. « C’est un nouveau challenge qui se présente à moi car la société de gestion est spécialisée dans les actions et souhaite prendre des parts de marché au pays du fixed income », explique Philippe. Il décide de relever ce défi mais son évolution va être bouleversée par un événement inattendu : « A l’époque, je savais que Chase avait l’intention de racheter Fleming mais je ne savais pas encore qu’elle avait aussi l’intention de racheter JP Morgan ». La société de gestion est ainsi rebaptisée « JP Morgan Fleming », puis JPMorgan AM. Après 7 ans de bons et loyaux services et compte tenu des faibles perspectives d’évolution, il décide de rejoindre Threadneedle en 2007 pour devenir le patron du bureau parisien. En 2011, il rencontre Ali Ould Rouis, qui est à l’époque Président de Robeco Gestions et décide de rejoindre la structure française en pleine transformation. Philippe Sabbah intégrera par la suite la société de gestion, avant de devenir Président de Robeco France.


Philippe en compagnie de Damien Seguin, toujours près à naviguer

Ce qui lui plaît dans son métier ? Sortir des sentiers battus. « J’aime apporter ma touche personnelle en développant une activité et en lui donnant de l’enver- gure, explique Philippe. Et j’ai conscience que c’est ambitieux ! ». Le Président de Robeco France aime également le management : s’adapter aux différentes personnalités de l’équipe, les aider à progresser mais aussi les souder à travers un projet commun. Dans cet esprit, Philippe a notamment initié chez Robeco le sponsoring sportif. La société de gestion soutient aujourd’hui financièrement Damien Seguin.

Fleurettiste non professionnel

Ce passionné d’escrime essaie aussi de donner une touche originale à sa vie personnelle. Si son maître d’arme ne le voit plus très souvent,
faute de temps, Philippe a cependant organisé en 2008 un tournoi/ initiation pour les journalistes de la presse financière et a mobilisé la grande nef du palais Brongniart pour en faire deux ans de suite le théâtre
d’un grand tournoi d’escrime au profit du Téléthon. Partager et communi
quer est également ce qui le motive à travers l’apprentissage d’une langue et la maîtrise des mots.
Ayant sans doute hérité de sa mère, enseignante en lettres classiques, le goût pour l’écriture et la narration, il est devenu en 2013 co-scénariste d’une bande dessinée intitulée « Hedge Fund », qui raconte l’univers impitoyable de la gestion alternative.
Son amour des mots et son insatiable curiosité l’ont aussi conduit à s’intéresser à d’autres langages. « J’aime apprendre des langues, car c’est un vecteur de culture et d’ouverture d’esprit, explique Philippe. On ne peut réellement comprendre l’Autre qu’en parlant sa langue car celle-ci traduit son système de pensée. Par exemple, en France, on va dire « il tombe des hallebardes » pour une pluie battante alors que les anglais diront « il pleut des chiens et des chats ». Le choix de l’expression traduit souvent bien mieux un état d’esprit que les mots eux-mêmes. A ce titre, il déplore la pauvreté de l’ « anglais business », devenu une sorte d’« Esperant’glais » et se passionne pour les expressions courantes : « il est amusant de parler plusieurs langues pour pouvoir choisir l’expression la mieux adaptée à chaque situation, ajoute-t-il. Et une langue devient intelligible quand on est capable de voir quelles idées se cachent derrière les mots ».


Philippe est le co-scénariste de la bande dessinée intitulée "Hedge Funds"

Après avoir brièvement tenté une initiation au chinois pendant son passage à Hong Kong, Philippe nous explique le champ infini des possibles en termes de blagues, grâce à l’existence d’articles catégoriels : « Par exemple, l’article pour définir ce qui est long et souple, accompagne aussi bien des mots comme fouet ou ceinture ou ficelle. De même, l’article qui désigne une boîte fermée munie d’un mécanisme complexe à l’intérieur, s’utilise aussi bien pour voiture que pour piano ou télévision. Mettez le mauvais catégoriel devant le mauvais mot et ça devient marrant : un catégoriel pour animaux devant le mot « oncle » et votre oncle devient un gorille, ce qui fait hurler de rire les enfants ! Or ces blagues sont totalement intraduisibles en français ».

Mais c’est sans doute en espagnol que Philippe prend le plus de plaisir à parler car l’Espagne est devenu sa deuxième patrie depuis qu’il a vécu à Madrid au début des années 1990 et sans doute aussi parce que sa femme a des origines ibériques. Il a une passion pour La Corogne, une région qui ressemble beaucoup à la Bretagne où il a passé toutes ses vacances, depuis son enfance. Très souvent, il se rend aussi à Jérez car sa femme suit régulièrement des stages de flamenco en Andalousie. « C’est l’Espagne rude, raconte Philippe. On retrouve une ambiance presque médiévale avec les grands latifundia d’un côté et le prolétariat agricole de l’autre. Ainsi, se côtoient des gens très riches et d’autres très pauvres. C’est une Espagne de carte postale et de clichés, Les hommes habillés en noir contrastent fortement avec la forte lumière blanche du soleil, mais aussi une Espagne de terroir et de luttes sociales. Bref, c’est une terre d’histoire qui me fascine ! ». A ce sujet, il nous recommande la lecture de Pérez Reverte, un écrivain qui « sait comme personne évoquer l’Espagne orgueilleuse du siècle d’or, imbue de sa gloire passée, mais aussi un pays où la fierté surannée le dispute à la pauvreté et au désespoir.

Comment le mettre de bonne humeur ? Organiser un concert de Mozart, dont il est un inconditionnel, dans la Grande Mosquée de Cordoue. Cela devrait produire sur lui le même effet qu’un rallye boursier bien anticipé.